LE RESEAU DEMANTELE EN BELGIQUE VISAIT SANS DOUTE LA PRESENCE EUROPEENNE EN AFGHANISTAN

Par Claude MONIQUET
Président de l’ESISC

L’enquête qui a abouti à une quinzaine d’interpellations dans la mouvance
djihadiste, en Belgique, dans la matinée de ce jeudi 11 décembre, a commencé en
fait il y a plus d’un an.

C’est en 2007, en effet, qu’une « cellule en formation » avait été repérée dans l’entourage de Malika El-Aroud, une Belge d’origine marocaine qui est loin d’être une inconnue pour les services de sécurité européens. Son premier mari, en effet, est l’un des deux assassins du Commandant Ahmed Shah Massoud, tué en septembre 2001, moins de trois jours avant les attentats de New York et Washington. Vivant toujours en Afghanistan (dans le même camp qu’Oussama ben Laden…) au moment de l’intervention de la coalition internationale, en octobre 2001, El-Aroud avait habilement manoeuvré – n’hésitant pas à se faire passer pour une victime et à faire miroiter des révélations - pour obtenir que les autorités belges l’exfiltrent du pays. Arrivée en Europe où elle ne courait plus aucun risque, elle avait rapidement rompu avec ceux qu’elle avait abusés et s’était rapprochée de la mouvance islamiste armée. On la retrouva par la suite en Suisse où elle fut jugée pour propagande du djihad et incitation à la haine. En 2005, elle gravitait autour du réseau qui recruta la convertie belge Muriel Delgaucque qui partit en Irak avec son mari pour se faire exploser dans un attentat suicide.
En décembre 2007, donc, elle semblait être l’une des figures centrales d’un
réseau qui fut suspecté de préparer des attentats en Belgique. Subissant de fortes
pressions internationales – entre autres des Etats-Unis - pour passer à l’action, la justice belge n’eut d’autre choix alors que de frapper… trop tôt : de nombreuses perquisitions avaient eu lieu et plus de dix personnes avaient été interpellées pour être relâchées dès le lendemain faute de preuve. En termes de renseignement, la Belgique « savait » - comme, du reste, ses alliés américains et français – que « quelque chose se préparait », mais aucun élément concret ne permit de nourrir, à l’époque, le dossier judiciaire.
Un an plus tard, presque jour pour jour, c’est à peu près le même milieu qui a
été ciblé par l’opération de ce 11 décembre et, une fois de plus, on trouve en son centre Malika El-Aroud, celle que certains sites Internet djihadistes présentent ouvertement comme la Mujaahida du 21ème siècle. Circonstance gênante pour elle, son mari actuel serait l’un des « trois ou quatre hommes récemment revenus d’Afghanistan » qui formaient le noyau dur de la cellule qui vient d’être démantelée. Soit Madame El-Aroud n’a pas de chance dans le choix de ses époux, soit – ce qui est plus probable – elle exerce sur eux une néfaste influence qui correspond à l’image qui est la sienne et qu’elle aime entretenir : celle d’une icône de l’islamisme, d’une inspiratrice du djihad, dont le rôle est important puisqu’elle est une figure centrale de la propagande djihadiste en Europe.
Quelques heures après les arrestations, il est évidemment trop tôt pour en dire beaucoup plus, si ce n’est que les services de renseignement et de police avaient acquis, ces dernières semaines, la certitude qu’un attentat suicide était en préparation. Un « volontaire » revenu d’Afghanistan avait déjà, semble-t-il, enregistré son « testament de martyr » et aurait demandé, il y a quelques jours, le 7 décembre, « l’évacuation » de ses proches du territoire européen.
On ne sait pas encore où devait avoir lieu cet attentat en préparation, mais la pure
logique, appuyée par nos propres sources proches de l’enquête, semble indiquer
que la cible était « quelque part en Europe » voire même en Belgique et non en
Afghanistan. Certains des terroristes arrêtés, en effet, revenaient de ce pays
après y avoir été entraînés ; ils ne s’y rendaient pas. De plus, on voit mal, du
point de vue stratégique, ce que pourrait changer un attentat de plus ou de
moins sur le terrain afghan. En Europe, en revanche, son impact aurait été
immense.
Par ailleurs, alors que le président élu Barack Obama a encore confirmé ces
derniers jours une augmentation de la présence militaire américaine en
Afghanistan et que plusieurs pays européens pourraient lui emboîter le pas, il
va de soi qu’un ou des attentat(s) visant l’Europe – et plus particulièrement les
Etats membres de l’U.E. déjà présents sur place et susceptibles de renforcer cet
engagement - feraient sens pour les djihadistes.
D’autant que, on s’en souviendra, la France et la Belgique ont été menacées d’attentats sanglants, à une semaine d’intervalle, en novembre dernier, s’ils ne se retiraient pas du terrain afghan.
En termes clairs cela signifie que, dans les semaines à venir, le risque sera sinon
maximal du moins très important dans toute l’Europe.
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